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 L'histoire de Grand Seiko par un passionné

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Romain 103st
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Messages : 94
Date d'inscription : 31/10/2015
Age : 30

MessageSujet: L'histoire de Grand Seiko par un passionné   Mer 4 Nov - 23:21

Bonsoir à tous,

Avant de me coucher, je partage avec vous un super sujet d'un ami, passionné comme moi par l'histoire de Seiko et particulièrement Grand Seiko. Il a déjà publié plusieurs chapitres sur l'histoire de la marque, mais ce chapitre porte sur l'histoire de Grand Seiko.
Bien que je m'intéresse énormément à l'histoire de cette marque et que nous ayons passé des soirées à en parler, il n'y a pas à dire, ce mec, Arnaud, est un véritable passionné passionnant dont les connaissances et les ressources sur cette marque sont impressionnantes.
Vraiment très complet, je me permets de citer son article dont la source est ici : http://forumamontres.forumactif.com/t187088-histoire-grand-seiko-chapitre-4

Arnaud.A a écrit:
Salut les seikophiles !

Bon, je n'ai finalement pas attendu 162 jours pour faire le chapitre 4 de l'histoire de Seiko. Par contre j'ai un peu la pression puisque ce chapitre concerne Grand Seiko et je voulais faire quelque chose à la hauteur ! Cela dit, je vous préviens, c'est un sacré pavé. Mais après ça, vous serez incollables sur GS !!

Pour rappel, Seiko a fait beaucoup d'efforts pour continuer d'exister après la Seconde Guerre Mondiale. Les premières montres sorties n'étaient pas de bonne qualité et peu compétitives avec les emboiteurs japonais de mouvements suisses. Les équipes de Seiko ont alors retroussé leurs manches et sorti la Marvel, un modèle haut de gamme qui fut un vrai succès. Vinrent ensuite les modèles Crown et Chronos qui rencontrèrent le même succès.
A partir de ce moment là de l'histoire de Seiko (donc la fin du chapitre 2), il m'a semblé intéressant de développer la suite selon 3 axes ayant chacun son chapitre: la participation aux concours de chronométrie (chapitre 3), l'histoire de Grand Seiko (chapitre 4) et le développement du quartz (chapitre 5). J'ai décidé de séparer ces 3 axes mais ils sont très liés, ne serait-ce que par la recherche de l'excellence qui les a motivé. Chronologiquement, l'histoire de GS commence avant la participation aux concours de chronométrie suisse et continue après la fin de la participation de Seiko (1968). Le développement du quartz s'est fait dans la logique de recherche de la précision entamée par Seiko et qui l'a poussé à participer aux concours. C'est cette même technologie qui a grandement participé à la suspension puis modification des concours de chronométrie suisses. Cette participation au concours a également permis d'enrichir la gamme GS de nouvelles technologiques développées pour l'occasion. Finalement, GS va être mis en suspend quelques années à cause de la révolution du quartz avant de renaître quelques années plus tard d'abord avec des mouvements quartz puis plus tard avec des mouvements mécaniques.
Bref, les concours, GS et le quartz sont à mes yeux les 3 grands points de l'histoire de Seiko entre 1960 et la fin des années 70, une période clé de l'histoire de Seiko.

Et je vous propose donc d'attaquer maintenant le morceau qui me passionne le plus:






La naissance

A la fin des années 50, Seiko possède deux usines: Suwa Seikosha, dans la préfecture de Nagano et Daini Seikosha, alors à Tokyo. Cette organisation permet à chaque usine de pouvoir compter sur l'autre en cas de problème. Mais malgré tout, il existe une vraie rivalité entre les deux, chacune cherchant à dépasser l'autre pour être le porte-drapeau de Seiko. Daini est l'héritière de la tradition Seiko dans la lignée directe de K.HATTORI puis Seikosha, alors que Suwa est née du rachat et de la fusion de différentes usines et fournisseurs dans les années 40.
Mais au-delà de cette rivalité interne, Seiko s'est choisi un rival de taille: l'horlogerie suisse.
Régnant en maitre incontesté sur l'horlogerie japonaise, Seiko cherche a faire les meilleures montres au monde et pour ce faire, c'est simple, il faut battre les suisses sur leur terrain.
Comme vous le savez, c'est ce qui a poussé Seiko à participer aux concours de chronométrie en Suisse mais cela n'aurait aucun intérêt s'il n'y avait pas de produits commercialisés qui reflètent cette excellence.
C'est ainsi que sur la demande de la maison mère, Daini et Suwa ont entamé les discussions pour savoir à qui reviendrait cette responsabilité.



Suwa, à l'origine de la Marvel, fut désigné pour développer le nouveau haut de gamme de Seiko, la gamme Grand Seiko.

C'est Tsuneya Nakamura qui fut mit en charge du projet. C'est lui qui, après avoir rejoint Seiko en 1944, avait dessiné la Marvel qui fut saluée à l'époque autant pour sa précision que pour son esthétisme (je parle bien de la montre et pas du monsieur hein ! Wink ). L'objectif lors du développement de la Marvel était de faire la meilleure montre qui soit. Ce même objectif venait d'être transféré sur toute une gamme et il semblait donc logique que Nakamura-san soit à la tête de ce projet.
Les exigences que devait remplir Grand Seiko étaient d'être supérieur aux concurrentes suisses. Il fallait donc que les standards chronométriques imposés aux GS soient au-moins aussi bons voir supérieurs aux normes chronométriques suisses. Mais nous y reviendrons.


Tsuneya Nakamura

Cette exigence dans la précision chronométrique n'est qu'un des trois points principaux derrière la qualité des GS: la simplicité avant la complexité (hello Mr Dufour Wink ), la lisibilité avant les décorations et la précision avant les fonctionnalités.
Monsieur Nakamura estimait quant à lui que le succès des GS venait de trois facteurs principaux: la précision, la facilité de production et la beauté.

La première Grand Seiko


Credit: Mollewatch

En 1960, le premier modèle de Grand Seiko vit le jour. Il s'agit de la référence 3180, plus connue sous le nom de…la Grand Seiko !
Suwa a tout donné pour la fabrication de ce modèle, ne cherchant pas la rentabilité ni le profit, ils voulaient juste faire la plus belle et meilleure montre qui soit et l'ont fait en s'inspirant de la Crown.


Credit: WUS

Son mouvement, le 3180 donc, battait à 18,000 bpm, avec remontage manuel et stop-seconde, le boitier était plaqué avec de l'or 18 carats (80 microns) et le fond clipsé. Il y a eu trois versions différentes de cadran: la premier avec le logo Grand Seiko gravé mais cette version était trop couteuse (beaucoup de "déchets" lors de la gravure et donc beaucoup de cadrans inutilisables), la deuxième avec le logo imprimé et la troisième avec le logo appliqué en or (version la plus courante).


Credit seikoholics.yuku.com, un très bel exemple du premier type de cadran gravé

Ce qu'on ne vous dit pas souvent sur cette première Grand Seiko, c'est que quelques exemplaire (le nombre exact est inconnu semble-t-il, mais il y en a eu très très peu) en platine ont aussi été fabriqués. Et ce qu'on ne vous dit presque jamais, c'est que quelques rarissimes exemplaires en acier furent commercialisés… Au total, ce sont 36000 pièces qui ont été fabriquées.

Comme vous le savez, ce modèle a été l'objet d'une réédition dans la collection historique de GS en 2011, pour le 130ème anniversaire de Seiko, avec les modèles SBGW033/39/40 pour l'acier, l'or jaune et le platine.


Credit: GNKT, la première GS version acier d'un ami à lui (rarissime) à côté de sa réédition dans le même métal. Une photo unique ! affraid

Moult photos par ici ou ici et

Les standards de chronométrie




Cette 3180 bénéficiait de la mention "Chronometer". Il faut savoir qu'en 1960, le standard de chronométrie de GS était le même que celui de l'observatoire de Bâle, à savoir -3/+12 et c'est à ce standard que correspond la mention du cadran de la 3180. Cependant, les tests n'étaient pas effectués par l'observatoire de Bâle mais par Seiko dans leur usine de Suwa. En 1961, le standard de Bâle passe à -1/+10 et celui de GS à -3/+8. Durant cette période, les montre équipées d'un mouvement chronomètre avaient le médaillon avec le lion sur le fond (il ne s'agissait pas à l'origine du logo de GS mais de la marque du passage de la certification Chronometer, on retrouve d'ailleurs ce médaillon sur quelques rares modèles hors de la gamme GS).

Finalement, en 1966, la Commission Internationale des Contrôles Chronométriques (CICC) interdit à Seiko l'utilisation de la mention "chronomètre" sur ses cadrans puisqu'il n'existe pas d'organisme certifié par la CICC au Japon. Ce n'est qu'en 1969 que les cadrans de Seiko retrouveront la mention "Chronometer" grâce au Japan Chronometer Inspection Institute, qui suit les mêmes standard que le COSC et est certifié par la CICC.

Mais entre temps, Grand Seiko a mis en place son propre standard de chronométrie, plus exigent que le suisse.

En effet, à partir de 1966, le standard de Grand Seiko passe à -3/+6, avec la mention AA sur le mouvement pour marquer le grade de celui-ci. Ce standard passe ensuite à -3/+5 en 1969 (avec l'ajout d'une 6e position de test). Le grade AAA correspond aux mouvement "Special" avec une précision de -2/+4 en 1968, qui passera à -3/+3 l'année suivante. Le grade AAAA correspond quant à lui aux mouvements VFA avec une précision de -2/+2. Le grade AAAAA, c'est juste pour les andouillettes :mrgreen:

Cette classification des grades de précision se retrouve dans la numérotation des mouvements: les deux premiers chiffres concernent la famille du mouvement (calibre 44, 45, 61, 62…), le 3ème chiffre correspond au grade du mouvement (4 pour le AA des mouvements basiques, 5 pour le AAA des mouvements "Special", 8 pour le AAAA des VFA) et le 4ème chiffre correspond à l'affichage du cadran (5 pour un mouvement auto avec date et 6 pour un mouvement auto avec jour et date). Par un exemple, un mouvement 6186 est un mouvement équipé du calibre 61, VFA auto avec day-date. Il semblerait cependant que certains mouvements échappent à la règle.
Ces standards de chronométrie n'évoluèrent pas jusqu'à la renaissance de GS.

Pour en revenir à la mention "Chronometer", elle disparut des cadrans GS à partir de 1966, à l'exception des mouvements étants passés par le concours de chronométrie de Neuchatel (les fameux "Astronomical Observatory Chronometer Officially Certified"). La mention se retrouva par contre sur des cadrans King Seiko (on y reviendra un peu plus loin). Il n'existe donc que deux GS avec la mention "Chronometer" sur le cadran: la première Grand Seiko et une partie de la production des 57GS.

La 57GS

Finalement, la production de la 3180 cesse en 1964 pour être remplacée par la 57GS commercialisée de novembre 1963 à l'année 1969 pour un total de 81000 pièces produites (toujours par Suwa).


SCredit mollewatch, Grand Seiko 43999

Cette deuxième génération de Grand Seiko a en fait d'abord existé avec le calibre 430, sous la référence 43999. Il s'agit tout simplement du mouvement 3180 avec la date rapide (d'où le nom de Self Dater). Chronologiquement, on a donc le mouvement de la Seiko Crown qui a été utilisé pour faire le 3180 de la première GS, ce dernier a été renommé calibre 430 après l'ajout de la date rapide (la référence de la montre étant 43999) puis finalement rebaptisé 5722A (référence de la montre: 57GS). Il semblerait que la seule différence entre la Grand Seiko 43999 et la 5722A soit le changement de couronne et la disparition du petit logo sur le bas du cadran. Ce logo serait le Taiyo, ce qui signifie soleil et représenterait le côté brillant de la montre et du cadran. Selon une autre source, il s'agirait du logo Special Dial. Je n'ai pas trouvé d'info précise sur la date de changement de référence.


Credit: Google Image, Grand Seiko 5722A, sans le Taiyo



Credit watchopenia.com, WUS et vintagewatchfotums.com, vous pouvez voir ici la très très grande ressemblance entre le mouvement de la Seiko Crown, le mouvement de la 3180 et le calibre 430/5722A

Ce mouvement répond aux normes de chronométrie de GS datant de 1961, à savoir -3/+8 et possède donc le médaillon du lion au dos.

En 1966, la 57GS est équipée d'une autre version du mouvement, le 5722B qui répond aux nouveaux standard de chronométrie GS (-3/+6) et perd donc la mention "Chronometer" du cadran et le lion sur la médaille, qui est remplacée par une médaille qui affiche simplement "GS". Le mouvement voit sa fréquence passer de 18,000bpm à 19,800bpm et son régulateur devient plus précis. Les inscription du bas du cadran changent aussi.


Credit nianet.net, vous voyez maintenant la différence entre le 430/5722A et le 5722B: pas le même régulateur



Credit: nianet.net, et si t'as bien suivi, j'ai même pas besoin de te dire qu'il s'agit de la 5722B et pas la A !

Donc en résumé, on a:
- la 43999, calibre 430, norme "Chronometer" et médaillon lion, Taiyo ou Special Sial
- la 5722A, calibre 5722A, norme "Chronometer" et médaillon lion, disparition du Taiyo
- la 5722B, calibre 5722B, standard de précision Grand Seiko et médaillon GS, écriture "GS/Grand Seiko/Diashock" sur le bas du cadran, de 1966 à 1968

C'est un modèle très intéressant sur le plan historique puisqu'il s'agit du seul modèle de GS commercialisé pendant la transition de la norme "Chronometer" (avec donc le médaillon du lion au dos) à la norme GS (avec le médaillon assorti). Il s'agit également de la première GS avec un mécanisme de date rapide. Sur le plan du design, on arrive ici sur un design beaucoup plus moderne que la classique 3180, avec de surcroit un boitier tout en acier (sauf le médaillon au dos), chose assez rare à l'époque. Comme vous l'avez deviné, c'est un modèle que j'affectionne particulièrement.

Il semblerait que le nom de Self Dater ne concerne que la 5722A. J'ai demandé à Kobayashi Seiya pourquoi la 5722B avait juste le nom de "Calendar" et il m'a répondu que selon lui, c'est parce que les japonais ne comprennent pas ce que veut dire Self Dater mais connaissent le mot Calendar.

Cette 43999/57GS est ce que Suwa a fait de mieux en mouvement low-beat (18,000bpm/19,800bpm). C'est l'aboutissement de plusieurs années de perfectionnement d'un mouvement qui a commencé dans la Seiko Crown, qui a été amélioré pour la 3180 puis pour la 43999/5722A et finalement la 5722B.

Comme vous le savez, la 57GS a été l'objet d'une réédition dans la collection historique de Seiko en 2014 avec les SBGA103/105/107 (Spring Drive acier et platine) et SBGV009 et 011 (quartz acier).


Credit GNKT et sa sublime SBGA103


Credit profesionnalwatches.com, une sublime SBGA107 en platine avec son cadran crème


Credit timelessluxwatches.com, SBGV009 et 011

King Seiko et la 44GS

Avant de parler du prochain modèle de Grand Seiko, il faut faire une petite aparté sur King Seiko. Ce n'est pas le sujet ici et même si ce serait très intéressant de le développer (peut être dans un autre sujet), je vais m'en tenir à l'essentiel.

Comme je l'ai dit au début, Suwa et Daini sont deux usines soeurs mais très rivales. Cette compétition interne s'est vue déjà un bon nombre de fois après la seconde guerre mondiale puisque souvent une des deux maison sortait un modèle et peu de temps après, l'autre répondait avec un modèle légèrement mieux (par exemple la Seiko Super et la Seiko Unique, cf chapitre 2). On a pu voir cette rivalité aussi lors des concours de chronométrie, où chaque maison présentait ses propres modèles sous son nom et non pas sous le nom général de Seiko. Cette rivalité existe encore aujourd'hui (à mon sens, la snowflake était la réponse de Seiko Epson a la SBGH001. Je pense que SII a répondu plus tard avec la SBGJ005, la neige des montagnes de Nagano contre les sapins de Morioka). Dans une interview de Akira Ohira (dont je parlerai un peu plus loin), qui a toujours travaillé chez Daini/SII, il dit lui-même qu'il ne connaissait presque pas les mouvement produits par Suwa/Seiko Epson et a du les étudier pour être un bon formateur. On voit d'ailleurs que sa collection personnelle (du moins ce qu'il en montre) ne comporte que des modèles de SII (45GS et GS modernes mécaniques). Il dit bien que pour le consommateur, Seiko c'est Seiko, mais pour les employés, SE et SII sont deux entreprises différentes. Bref, je m'égare.

Donc quand Suwa a été choisi pour porter le haut de gamme de Seiko avec la collection Grand Seiko, Daini ne s'est pas laissé faire: ils ont lancé leur propre haut de gamme avec la collection King Seiko, qui n'est autre qu'un réponse de Daini à GS.


CCredit monochrome-watches.com, Grand et King cote à cote

En 1964, Daini sort un nouveau calibre King Seko, le calibre 44 qui équipe les 44KS. Il s'agit d'un mouvement avec le standard Chronometer dont nous avons déjà longuement parlé. Il s'agissait également d'un mouvement à 18,000bpm, tout comme son contemporain, le calibre 57 de Suwa. Une des spécificités de ce mouvement est qu'un petit poids était fixé sur le spiral de la montre pour améliorer la précision du mouvement. Ce tout petit poids est souvent considéré par les horlogers comme une saleté ou une anomalie, sans savoir ce que c'est, et ils le retirent.




Quand la CICC interdit à Seiko en 1966 d'utiliser le terme "Chronometer" sur ses cadrans, Seiko décide que l'excellent calibre 44 va devenir un calibre pour Grand Seiko et la 44KS devient la 44GS afin d'obtenir le standard de précision GS. Cependant, Daini a continué à fabriquer des 44KS (qui n'avaient pas les normes de précision de GS) tout en fabriquant des 44GS. Daini avait donc réussi son pari de battre Suwa a son propre jeu et fabrique donc la première GS made in Daini.


Credit rakuten

La 44KS chronometer fut donc fabriquée de 1964 à 1966, elle fut remplacée par la 44GS fabriquée de 1966 à 1969 et la 44KS normale s'arrêta en 1968.

L'autre grande particularité de la 44GS, c'est son design qui marque une nouvelle ère chez Seiko.

Taro Tanaka et la Grammaire du Design

Jusque dans les années 60, le mot "design" faisait référence au design des mouvements. Il n'existait d'ailleurs pas de mot en japonais pour exprimer la notion de design comme on l'entend aujourd'hui.
Heureusement, Seiko a pris conscience, dans les années 50, de l'importance du côté esthétique d'une montre, du fait que la précision était primordiale mais que la montre devait également être un bel objet. Mais le problème justement, c'est que du coté de la précision, Seiko faisait d'excellents mouvements mais coté design, ils étaient un peu à la traine !
En 1956, Suwa Seikosha ouvre un département de design mais qui n'est en charge que du dessin des cadrans. En 1958, ils décident d'embaucher un diplômé en design et c'est en 1959 que Taro Tanaka rejoint Suwa. Il s'agit là du premier pas de Seiko vers une approche du design global de la montre.


Credit WUS, Taro Tanaka

Il étudia d'abord en détail comment les cadran et ses composants étaient fabriqués, les boitiers, les matériaux utilisés et leurs caractéristiques etc, tout ceci pour mieux comprendre les contraintes imposées au design d'une montre.

Il raconte qu'un jour, il s'est rendu à Wako (un magasin haut de gamme très réputé, appartenant au groupe Seiko et situé dans les anciens bureaux à Ginza. On y trouve toutes les grandes marques de l'horlogerie mondiale. Un must à voir quand on passe à Tokyo !) et en regardant dans une des vitrines, il a vu plein de montres qui brillaient de mille feux. Puis il a regardé la vitrine d'à côté et là, les montres semblaient plus termes. Les montres brillantes étaient suisses et les autres étaient des Seiko. Cette différence était due au fait que les montres suisses utilisaient des surfaces planes et bien polies alors que celles des Seiko présentaient de bien moins beau reflets, probablement à cause des procédés de fabrication. Il faut savoir qu'à cette époque, les boitiers de Seiko étaient en laiton poli puis chromé ou plaqué or.
Toujours dans le but de faire mieux que les suisses, Taro Tanaka mit au point un ensemble de règles qui devaient s'appliquer au design des montres Seiko, connu sous le nom de la Grammaire du Design. Les règles principales étaient les suivantes:
- Surfaces planes (ou courbées dans les deux plans de l'espace) et angles vifs
- Suppression de la distortion des cadrans (plus de cadrans bombés)
- Polissage miroir afin de jouer sur les reflets et la lumière


Credit timzone.com Réédition de la 44GS, SBGW047

La première GS a profiter de ces règles était la 44GS, qui fut remplacée par la 45GS, ainsi que la 61GS et certaines 56GS. Au final, les clients demandaient un peu de variété et évidemment, des modèles ne rentrant pas totalement dans ces normes sortirent quelques années plus tard. Malgré tout, ces règles furent appliquées pendant une vingtaine d'année.
Taro Tanaka a participé à beaucoup d'autres projets (chrono pour les JO de Tokyo, design de Seiko 5, le développement du Lumibrite...) mais l'importance de sa grammaire du design est souvent comparée à celle des victoires aux concours de chronométrie ou à celle du développement du quartz !!

La lignée Grand Seiko

Les 3 premiers modèles de Grand Seiko dont on vient de parler sont des modèles emblématiques. Ce n'est pas un hasard si les éditions limitées de la collection historique de GS ont d'abord repris ces 3 modèles. Ils ont une vraie signification historique pour la marque et sont les premiers jalons d'une lignée prolifique des modèles. C'est la base à partir de laquelle se sont développés les autres modèles, aussi bien sur le plan des mouvements que du design. Je ne rentrerai pas dans les détails pour chaque modèle mais soulignerai juste les points principaux.

Suwa sort en 1967 la 62GS, équipée donc du calibre 62 (6245 avec la date et 6246 avec day-date), premier mouvement Grand Seiko automatique. La famille de mouvement issue du calibre 62 a été utilisé dans plusieurs gammes de produits Seiko, dont la fameuse 62MAS mais aussi dans des Seiko Liner, Skyliner, Seikomatic...avec évidemment un standard de précision bien inférieur à celui de GS. Plus d'infos ici. La couronne à 4h incorporée dans la carrure du boitier était faite ainsi pour souligner le fait que le remontage manuel n'était pas nécessaire. La fréquence était de 19800bpm.


Credit Google Image, une Seikomatic équipée d'une des déclinaisons du calibre 62

En fait, la 62GS était à l'origine la Seikomatic Chronometer mais avec l'interdiction d'utiliser ce terme, elle devint la 62GS.


Credit Google Image, une 62GS équipée du 6245

Cette montre a été lancée plus ou moins en même temps que la 44GS et fut arrêtée en 1969 comme elle.

Cette GS a eu droit à sa réédition dans la collection historique de Seiko en 2015, avec différentes déclinaisons.


Les nouvelles 62GS Spring Drive et Hi Beat, version moderne de la 62GS


Les nouvelles 62GS mécaniques, plus fidèles à l'originale

En 1968, soit un an après la sortie de la 62GS, débarque la 61GS, toujours made in Suwa. Elle est équipée du calibre hi beat 61, qui équipera entre autre la 6159, ancêtre de la MM300. Si vous vous souvenez le passage sur la numérotation des mouvements, vous voyez donc que le 6159 correspondait probablement à la norme GS Special !
Cette 61GS s'inspire fortement de la 44GS et de la grammaire du design.
C'est cette GS et ses déclinaisons qui profita des avancées technologiques de Seiko lors des concours de chronométrie. On retrouve donc des 61GS Special et des 61GS VFA.
La 61GS VFA est très probablement la meilleure Seiko jamais faite, assemblée par les meilleurs horlogers de Seiko, avec des pièces spécialement sélectionnées et avec un réglage de -2/+2sec/j, soit ce que propose Rolex plus de 40 ans plus tard avec son nouveau 3255 !! Un graal horloger !
La production s'arrêta en 1974


Deux modèles mythiques cote à cote: 61GS VFA et 44GS. Encore une photo de dingue par GNKT

Fin 1968, Daini Seikosha sort la 45GS, nouveau modèle remplaçant la 44GS. Le design est très ressemblant mais c'est sous le capot que les différences se font plus importantes. Il s'agit d'un modèle hi beat, dérivé du calibre 44. A l'instar de la 44GS, un modèle embarquant le même calibre (mais pas réglé selon le standard de précision GS) a été commercialisé par King Seiko, la (vous l'aurez deviné) 45KS. Encore une fois, c'est ici une réponse de Suwa à Daini qui venait de passer aux mouvements hi beat avec la 61GS.
Alors que Suwa participe aux concours de chronométrie avec la "patate" et le calibre 61, Daini présente le calibre 45 à la compétition. Il existe donc également des 45GS VFA et Astronomical Observatory Chronometer Officialy Certified.

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Credit seikoholics.yuku.com 45GS VFA


45GS Astronomical Observatory Chronometer Officialy Certified

La 45GS est la dernière GS produite à Daini (avant la renaissance de GS quelques décennies plus tard) et fut commercialisée jusqu'en 1974.

Durant la même période (68-74), Suwa a également commercialisé une GS hi beat pour femmes, avec un calibre de petite taille. Il s'agissait de la 19GS mais je n'ai presque pas trouvé d'informations dessus. On peut noter qu'il s'agit de la première montre hi beat pour femme au monde.

Tous ces modèles dont on vient de parler coutaient relativement cher à produire puisqu'une grande partie du travail se faisait à la main. Alors que le quartz commence à se répandre sur le marché horloger, la demande de montres mécaniques diminue et Suwa cherche à réduire ses coûts de production. Ils sortent alors en 1970 un nouveau mouvement fabriqué de manière plus automatisée mais également dont l'épaisseur est réduite à 4,5mm. Ce mouvement est le calibre 56.

Ce mouvement, développé par Suwa, a commencé en 1968 dans une Lord Matic, puis l'année suivante dans une King Seiko et enfin en 70 dans la 56GS. Ce mouvement à 28,800bpm ayant des procédés de fabrication plus automatisés, il est plus facile aujourd'hui de trouver des pièces séparées. C'est également un modèle qui a été produit en plus grande quantité et qu'on trouve plus facilement aujourd'hui sur le marché. La mention hi beat du cadran s'explique par le fait que la fréquence de norme à l'époque était 18,000bpm et que 28,800bpm était quand même considéré comme hi beat

On retrouve entre autre dans cette gamme, un modèle totalement à l'opposé de la grammaire du design, avec un boitier brossé et tout en rondeurs.




Credit Rakuten

Mais on retrouve aussi d'autres modèles avec des boitiers de différentes formes, dont un dans la continuité des 44GS et 45GS.


Credit antiquewatchat.blogspot.com



Finalement, c'est avec la 56GS et malgré la réduction des couts de fabrication que la lignée GS se termine en 1976, impuissant contre la demande toujours plus importante du quartz...

Voici un tableau récapitulatif des différents modèles de GS vintage, en lien avec les différents standards de chronométrie.


Credit grandseikohistoric.squarespace.com

La renaissance de Grand Seiko

La renaissance de Grand Seiko s'est faite en deux temps.

Tout d'abord en 1988 avec le modèle à quartz 95GS et sa précision de 10 secondes par an (25x mieux que les autres quartz).

Credit Grand Seiko

S'en suivirent quelques modèles à quartz (8NGS, 3FGS), puis les fameux 9F que l'on retrouve encore aujourd'hui dans les quartz GS.

Puis en 1998 sort, plus de 20 ans après l'arrêt des GS mécaniques, une nouvelle famille de mouvements mécaniques GS signe de la renaissance de Grand Seiko: la famille 9S5, avec tout d'abord le 9S51 (auto, no date) et le 9S55 (auto, date).


Credit Rakuten, SBGR002 en or jaune avec son 9S51


Credit Rakuten, SBGR001 en acier avec son 9S55

Le projet naît en 1996 et en 1997 commencent le développement du design et des mouvements. Pour tout le côté horlogerie, les équipes de Seiko se tournent vers Akira Ohira, horloger et formateur chez Seiko, employé depuis 1970 par Daini Seikosha. Il commence tout en bas de la hiérarchie à l'age de 15 ans et après des années de travail et de formation, devient à son tour formateur dans les centres de formation de Seiko.
C'est donc courant de l'année 1997 que la direction de Seiko explique à Ohira-san son intention de relancer le haut de gamme Seiko avec la renaissance de Grand Seiko. Et la commercialisation doit commencer fin 1998.


Credit watchprosite.com, Akira Ohira

Le projet était colossal: recréer à partir de presque rien la légende du groupe Seiko, Grand Seiko, et ce en moins de 2 ans avec évidemment, des mouvements tout à fait nouveaux.
Aucun ingénieur qui avait officié pendant les années de gloire de GS n'était encore en activité et l'équipe de recherche et développement, avec Akira Ohira à sa tête, dû retrouver les anciens horlogers retraités pour éclaircir certains points. Mais la nouvelle équipe de GS avait en sa faveur l'aide des ordinateurs et des machines bien plus sophistiquées que celles employée dans les années 60. Cette technologie permis par exemple d'affiner le dessin des engrenages du train de rouages dont l'efficacité était maintenant comparable à celle des 45GS certifiées par l'observatoire astronomique.

Ohira-san raconte que la tâche lui semblait insurmontable mais la direction de Seiko insista et la seule condition pour que le projet soit mené au bout dans les temps était que les équipes travaillent sans vacance ni week-end et Mr Ohira insista lui-même pour que la direction ne les force pas à prendre de jour de repos mais seulement qu'ils soient payés en conséquence.


Credit watchprosite.com, Akira Ohira

Akira Ohira a insisté pour gérer seul le développement du projet du mouvement sur le plan technique, surtout au niveau de l'assemblage et du réglage. C'est vraiment lui le père des mouvements mécaniques GS modernes, c'est également lui qui a formé tous les horlogers du Shizukuishi Watch Studio de SII à Morioka et il est surnommé "le dieu du réglage" ou "celui qui murmure à l'oreille des mouvements" (watch whisperer). Un personnage incontournable de l'histoire moderne de Grand Seiko !

Avec le développement de nouveaux mouvements vint également la création du nouveau standard de précision de Grand Seiko, toujours supérieur à celui du COSC, comme dans la tradition GS.


Credit Mollewatch

Vous connaissez le reste de l'histoire:

En 2002 sort le premier mouvement GS mécanique GMT 9S56 (pour les références SBGM)
En 2004 sort le premier mouvement GS Spring Drive, avec la famille 9R et une précision de + ou - 1sec par jour (pour les références SBGA)
En 2006 sort la gamme 9S6 qui remplace les 9S5, avec entre autre une RDM qui passe de 50 à 72h (3 jours)
En 2007 sort la gamme 9R8 de chronographes Spring Drive
En 2009 sort la gamme 9S8, mouvement hi beat de la mythique SBGH001 entre autres
En 20?? sort le 9R66, mouvement Spring Drive GMT (références SBGE)
En 2014 sort le 9S86, mouvement hi beat GMT de la déjà mythique SBGJ005, vainqueur du Prix de la Petite Aiguille au GPHG 2014

Conclusion

Voilà, vous êtes presque incollables sur l'histoire très très riche de Grand Seiko. Il y aurait encore beaucoup à dire sur beaucoup de sujets, que ce soit les mouvements 9F, les concours de chronométrie, King Seiko, les différentes références de Grand Seiko modernes, l'importance d'Akira Ohira et les différences entre les GS classiques et les modernes etc mais si vous voulez approfondir certains points, le web est encore riche d'informations ! J'ai volontairement développé sur la première GS, la 43999/57GS et la 44GS mais les autres modèles mériteraient aussi d'être approfondis, en particulier la 61GS qui est surement l'aboutissement du meilleur de ce que Seiko a pu faire.

Vous savez maintenant que Seiko a toujours utilisé des mouvements GS non-réglés dans des modèles de gammes inférieure et que la MM300 s'inscrit dans cette tradition, tout comme la Seiko Crown et la première Grand Seiko, la 61GS et la 6159 ou la 62GS et la Seikomatic Chronometer. Vous savez également pourquoi les premières GS portaient la mention Chronometer et pas les autres et le lien avec les standards de précision GS. Vous savez aussi que Grand Seiko a eu un peu plus de 40 ans d'avance sur Rolex clown

Et surtout vous savez maintenant que Grand Seiko a toujours été dans une démarche d'excellence aussi bien en terme de design que de précision et que cela fait maintenant quelques années qu'ils font des montres qui sont, à mon sens, parmi les meilleures du marché, comme ils le voulaient dès le début. Chiftzerrk

Bravo à ceux qui ont eu le courage de tout lire !

Je ne pourrai pas vous donner toutes mes sources tellement j'ai du fouiller mais voici les plus importantes:
The History of Grand Seiko by Seiya Japan
Grand Seiko Historic
Interview de Akira Ohira sur WatchProSite
Seikoholics Forum Database
A Journey in Time: The Remarkable Story of Seiko
Les calibres Seiko sur Watch Wiki
Molle Watch

cheers
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L'histoire de Grand Seiko par un passionné
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